lundi 3 août 2015

Ce que je pense de l'injonction d'être mince

Sois tout ce que tu veux, mais sois mince !

Une injonction, selon la définition du Larousse, est un ordre formel d'obéir sur-le-champ, sous menace de sanction. Certains diront que ce mot est disproportionné, qu'il ne s'applique pas au sujet de cet article, à savoir l'injonction d'être mince.

Pourquoi est-ce que je parle d'injonction ? Et pas d'une simple pression pour être mince ? Parce que selon moi, la pression est un premier stade, depuis longtemps dépassé malheureusement, nous n'en sommes plus là.

Pour une personne ciblée comme n'étant pas suffisamment mince, ça ne reste pas dans son cercle familial, toute la société lui renvoie le message constant qu'il est nécessaire qu'elle perde du poids. Ou, au moins, qu'elle essaie activement de le faire, comme pour preuve de sa bonne foi et gage de son acceptation.

Des exemples ? Parlons surtout du point de vue des femmes, celui que je connais le mieux.

Dans les familles, les parents ont à cœur de transmettre des valeurs à leurs enfants. Pour l'enfant jugé trop gros, parce que ses parents veulent son bien, ce sera surtout de savoir quels aliments sont à éviter parce qu'ils font grossir.

Dans la presse à destination des adolescentes et des femmes, c'est un sujet permanent. En septembre, il s'agit de perdre les kilos de l'été et de prendre de bonnes habitudes pour la rentrée. En novembre, il s'agit d'être en forme pour les fêtes. En décembre, d'éviter le piège de prendre du poids pendant les fêtes. En janvier, de perdre les kilos pris pendant les fêtes. Dès mars, il faut se préparer un corps de rêve pour le printemps, puis en avril et mai, un rattrapage pour l'été pour les retardataires et l'épreuve du bikini (sic). En juillet et août, les recettes pour ne pas prendre de poids pendant l'été. Après 10 ans de matraquage en tant que lectrice, j'en suis venue à plaindre les journalistes qui doivent sans cesse trouver de nouveaux angles pour dire toujours la même chose : "Soyez mince !".

Au travail, entre la machine à café le matin et la cantine à midi, il s'agit de choisir son camp : celui des "naturellement minces" que tout le monde envie parce qu'elles peuvent manger tout ce qu'elles veulent, celui des minces qui "font attention" et donnent les derniers conseils à la mode, et le moins populaire, celui des "non minces", qui discutent de leurs efforts pour perdre du poids, et malheureusement, surtout de leurs échecs.

Chez le médecin, où quelle que soit la raison de la consultation (du rhume à l'ongle incarné), il sera rappelé au mieux, de surveiller le poids, au pire, un régime sera prescrit, même si le patient n'est pas en demande. Et je ne parle même pas des médecins qui font du désir d'amaigrissement leur fonds de commerce, à coup de polycopiés de menus type et de pesées mensuelles.

Dans les magasins, en France, il semblerait que la confection s'arrête à la taille 44, et c'est une amélioration, par rapport à il y a encore une quinzaine d'années, où c'était le 42. Coïncidemment, sont aussi apparues les tailles 34 et 32 ... J'engage les professionnels français à traverser la Manche pour découvrir comment s'effectue l'adaptation des patrons aux grandes tailles, ce sujet manifestement pas traité dans leur formation en France, est maîtrisé au Royaume-Uni.

Jusqu'au quidam dans la rue qui s'autorise de faire remarquer à une personne qu'il ne connait ni d’Ève ni d'Adam que manger un sandwich n'est pas bon pour son poids.

C'est ainsi, notre société est normative, et elle nous rappelle sans cesse qu'être dans la norme, c'est être mince. Maintenant. Et dépêchez-vous !

Les sanctions pour les personnes considérées comme trop grosses sont nombreuses et difficilement contournables.

La sanction intérieure tout d'abord, l'estime de soi fluctue en même temps que les chiffres sur la balance. L'humeur aussi, euphorie en période de perte, morosité en période de reprise. Sans oublier les troubles du comportement alimentaire.

La sanction des autres, y compris et surtout dans votre famille, qui jugent sans arrêt, sans savoir, ou en sachant trop bien souvent, pour le vivre aussi. Qu'à cela ne tienne, votre poids est un sujet de conversation comme peut l'être la météo ou les trains qui n'arrivent pas à l'heure !

La sanction de la discrimination à l'embauche, à l'avancement, lors des rencontres amicales ou amoureuses, face au corps médical, et pour finir, dans la mort. Et certains trouvent pourtant que ce n'est pas suffisant !

Nous vivons dans une société qui prône la minceur, et condescend tout juste à accepter la personne jugée trop grosse (par rapport à quoi, d'ailleurs ?), à la condition qu'elle cherche à maigrir.

Moi-même, je suis grosse. Et maigrir ne fait plus partie de mes objectifs. Des années d'échecs répétés m'ont convaincue que ça n'arriverait pas. Et je suis d'accord avec ça. Le reste, je fais avec, au mieux de mes possibilités. Si changer le monde n'est pas possible, au moins, ne pas changer pour lui (librement inspiré du grand philosophe, Jean-Jacques Goldman).

Depuis, je ne lis plus la presse féminine. Je ne bois pas de café, ne mange pas à la cantine, et voue une passion avide aux résultats sportifs pour alimenter les conversations entre collègues. J'ai choisi mon médecin traitant pour qu'il me soigne, sans remarque incongrue sur ma corpulence. Je ne fais plus les magasins en France. Et je réponds à la personne qui me fait une remarque sur mon poids que contrairement à lui, je suis trop polie pour lui faire une remarque sur son manque de savoir-vivre.








Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire